À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, l’Angleterre victorieuse semble bien satisfaite. Les conservateurs au pouvoir depuis 1951 perpétuent une vieille façon de gouverner et ne proposent pas grand-chose aux nouvelles générations si ce n’est la reproduction des modèles sociaux d’avant-guerre.

En 1956, la première de la pièce Look Back in Anger de John Osborne au Royal Court Theatre frappe les esprits par la tirade désabusée de son personnage contre toutes les valeurs acceptées par la société : Dieu, famille, travail, nation, avec la conclusion finale : « Angleterre, je vous hais ». C’est alors que le critique J. B. Priestley va qualifier de « Jeunes hommes en colère » une nouvelle scène littéraire, assez disparate, de jeunes auteurs qui ont commencé à publier dans les années 50 : Colin Wilson, John Braine, Kingsley Amis, Keith Waterhouse, John Wain… et qui ont tous contribué à créer une veine comique et subversive dans la littérature anglaise. Ces auteurs, pour la plupart issus du nord de l’Angleterre, partagent une même désaffection pour la stérilité de la vie dans le paysage de l’après-guerre.

Tout d’abord, une méfiance tenace et un mépris sans bornes pour
« l’Establishment » qui privilégie l’aristocratie et la haute bourgeoisie. Renforcé par un système scolaire et universitaire, il constitue un réseau d’influence et de pouvoir dans les lycées privés et dans les universités d’Oxford et de Cambridge d’où sortent les futurs doyens de la vie politique.

Ces écrivains talentueux, issus de classes moyennes, souvent d’un milieu modeste, qui ont reçu leur éducation non dans des lycées privés mais dans les lycées d’État restent bloqués par les barrières de classe. Exclus des hauts rangs de la société britannique, ils dirigent naturellement leur haine vers un système social démodé. De cette opposition surgit un profond sentiment d’aliénation, où le phénomène très précis du chômage ou du travail peu valorisant, joue un rôle important. C’est ici que le thème de l’emploi prend tout son sens chez les « Jeunes hommes en colère ». Comme dans Hurry on down où le héros va de poste en poste dans des emplois insignifiants, les héros de leurs romans ont le sentiment d’avoir manqué leur but, d’avoir été sacrifiés :

« Je sors de l’université avec un banal diplôme d’histoire, je n’ai pas de poste et pas de perspectives d’avenir, je vis des cinquante livres que j’ai déposées à la banque »
Hurry on down

En littérature, dans un contexte semblable à la France, dominé par les grandes figures de l’entre-deux-guerres, leur apport est considérable. Rejetant en masse la littérature conventionnelle comme les comédies de mœurs se déroulant dans la « bonne société » et les expériences formelles, ils créent un ton nouveau par leur insolence et leur vivacité qui traduit les aspirations d’une partie de la jeunesse anglaise.

La postérité de certaines de ces œuvres fut notamment assurée par des adaptations cinématographiques du mouvement Freecinema, à travers des films comme Room at the top (1959), Saturday night Sunday morning (1960), La solitude du coureur de fond (1963), Billy Le menteur (1963), qui ont modernisé le cinéma anglais et influencé la Nouvelle vague française en favorisant l’émergence de thématiques toujours d’actualité comme en témoigne le travail de l’un de ses héritiers, Ken Loach.